Pour connaître l’une des histoires d’inspiration majeures ayant conduit à la fondation de l’ACCD, il faut faire un long voyage au sud du Brésil, dans l’État du Paraná, dans la ville de Fazenda Rio Grande. L’année est 2015. À l’époque, Mariana avait quitté son ancien travail en tant qu’animatrice d’un projet parascolaire pour se consacrer à ses études. Habitant toujours dans cette ville, Mariana a appris que l’un des usagers du parascolaire, John, qui avait alors 11 ans, se retrouvait en fauteuil roulant suite à une accident.
Cette histoire a complètement bouleversé Mariana, qui est allée lui rendre visite à son domicile et a été surprise par tous les changements que John et sa famille ont dû mettre en place pour faire face à sa nouvelle condition. On ne savait pas si son état était définitif ou temporaire. Ce que l’on savait, c’est que le processus s’avérait très dur, délicat, difficile…
Après lui avoir rendu encore quelques visites, Mariana décide que c’est l’heure d’agir, de proposer à John une activité qui pourrait l’occuper pendant ses après-midis passés à la maison. Mais en même temps, il fallait l’encourager à se mouvoir, à travailler son corps afin qu’il ne subisse pas davantage les conséquences physiques de la perte de mouvement des jambes (douleurs chroniques, perte de masse musculaire et fragilité osseuse, spasmes et raideurs musculaires).
Mariana décide donc de lui donner des cours de capoeira. Elle avait à peine débuté dans ce sport, mais elle s’est vite rendu compte de la puissance que l’on pouvait retrouver dans cet art. Sans vraiment savoir jouer de l’instrument et en essayant ses premiers pas dans la pratique, elle se lance et commence à donner des cours de capoeira à John et à son petit frère, Vitor.
Pendant ce temps, de nombreuses questions restaient sans réponse.
Aurait-il pu compter sur plus d’aide du gouvernement ou d’autres instances ? Comment une telle situation est-elle possible ? Pourquoi lui ? Pourrait-il remarcher un jour ?
Mais une chose est sûre : c’est de là qu’est née l’idée.
« J’étais jeune, je ne savais pas exactement ce que je faisais, mais j’ai laissé mon cœur me guider. La seule chose que j’avais, c’était un vieux vélo et un berimbau (instrument principal de la capoeira). Et c’est avec ces deux éléments que je me rendais une fois par semaine chez John, où il habitait avec sa maman et ses frères. On peut penser que j’ai essayé de faire de mon mieux pour l’aider, mais je peux même dire le contraire : c’est lui qui m’a aidée et profondément touchée. John a transformé ma colère en compréhension, ma révolte en espoir, et a donné du sens à ma recherche de réconfort. Quand j’en voulais à la personne qui l’avait laissé dans cette condition, même sans le vouloir, lui, il a pardonné. La compagnie de sa petite sœur, arrivée quelques mois plus tard, de Vitor et de John a rempli mes journées de joie et m’a encouragée à retrouver mon chemin dans le milieu de l’animation. »
Marcher, pour John, a pris une autre signification. C’est se projeter vers l’avenir en étant acteur de sa propre histoire et devenir une référence pour les personnes à mobilité réduite dans la pratique du sport.
Quelques mois plus tard, John s’est intéressé au basket et actuellement, il travaille dans un collectif, Coletivo Inclusão, où il entraîne des équipes de basket.
